Schizophrénie alimentaire
Quand j'étais enfant, vers 3/4 ans, je trouvais que ma mère ne me laissait pas prendre de risques qu'elle était toujours dans mon dos, quand je faisais du vélo ou partait 10 mètres devant elle en courant. Je tombais et elle s'inquiétait, ça se voyait dans ses yeux, je trouvais ça presque effrayant. Elle n'avait pas de sang-froid, elle n'en a toujours pas. Là-dessus elle est étouffante. Sur le plan des études, elle a passé longtemps a affiché son mécontentement quand j'avais moins de 14 au collège, et paradoxalement, j'ai été très autonome sur le plan de mes leçons et surtout de mes choix scolaire mais aussi sur les rentrées des classes. Je me souviens en 6ème, quand je suis rentrée pour la 1ère fois, j'étais seule, sans mes parents. Pareil, pour la réunion à mon école supérieure. Ils étaient tous accompagnés, sauf moi.
J'ai toujours été intimidée par mes parents. Après tout, c'est eux qui nous conçoivent, ils ont peur pour nous, on veut pas les décevoir. C'et pour ça, que je suis incapable de leur reparler de ma dépression, de ma tentative de suicide. Je ne leur ai en parler qu'une fois de ces 2 choses, finalement. Alors, hors de question que je leur parle de ma boulimie ou du fait que je me suis automutilée pendant presque 2 ans.
en fait, je suis incapable de parler à quiconque de vive voix et face à face de ma boulimie. J'aurais honte, peur de ne pas être comprise et d'être rejettée. Aller voir un psy, ne me vient même pas à l'esprit. Freud, psychanalyse, travail sur soi &Co, je n'y crois plus ! Et puis de toute façon je suis tellement attachée à la boulimie, que si du jour au lendemain elle disparaissait, j'aurais l'impression qu'on m'aurait coupée la main. J'ai l'impression que la boulimie est une personne, une amie qui me soutient depuis 3 ans et 7 mois maintenant. Je suis passée par tous les stades : grignotage compulsifs associé à un régime léger, puis la découverte des vomissements, les grosses crises de boulimie, la restriction alimentaire, la perte de poids, les crises dues aux restrictions draconniennes, poids stable, sorte de rémission, puis rechute dans les restrictions, puis vomissements quotidiens.
Alors, après tout ça, j'ai oublié ce qu'était la vie avant les TCA et je n'en ai pas de regrets, ni de remords. Je touche du bois : une seule crise d'hypoglycémie et de temps en temps des vertiges.
Il y a des jours où je suis extrêmement lucide sur mon sort et des jours où cette folie alimentaire me fait perdre raison face aux aliments, mon corps, mon poids.
Vous savez, je vais passer de 1 000 calories à 600/700, dès demain, et cette idée m'effraie, m'attriste et me réjouit à la fois. Mais je suis OBLIGEE de la faire. C'est "Elle" qui me l'ordonne. Pas moi.
Par Sisyphe, Lundi 3 Septembre 2007 à 11:20 GMT+2 dans Carpe Diem (article, RSS)




